dimanche 31 octobre 2010

Alexandre Tharaud interprète "Nocturne No.20 (Op. Posthume)" de Frédéric Chopin


( Alexandre Tharaud dans l'émission " La Boîte à Musique " présentée par Jean-François Zygel, France 2,
été 2010 à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Chopin )



samedi 30 octobre 2010

Citation

" Sait-on jamais quelle force vous tient à distance de celui ou celle que vous auriez dû devenir ... Seuls les livres lui apporteraient dorénavant un havre d'indépendance. Et la musique. "

(Sweet Home d'Arnaud Cathrine)



vendredi 29 octobre 2010

Extrait des " Poèmes à Lou " de Guillaume Apollinaire

Dans le ciel les nuages
Figurent ton image
Le mistral en passant
Emporte mes paroles
Tu en perçois le sens
C'est vers toi qu'elles volent
Tout le jour nos regards
Vont des Alpes au Gard
Du Gard à la Marine
Et quand le jour décline
Quand le sommeil nous prend
Dans nos lits différents
Nos songes nous rapprochent
Objets dans la même poche
Et nous vivons confondus
Dans le même rêve éperdu.
Mes songes te ressemblent

[...]

Guillaume Apollinaire





Alors qu'il s'était engagé dans l'armée française lors de la Première Guerre Mondiale, Apollinaire était épris de Louise de Coligny-Châtillon, qu'il surnomma Lou et à qui il adressa une correspondance d'une poésie remarquable, rassemblée aujourd'hui dans les Poèmes à Lou.
Depuis très longtemps je suis attaché à ces quelques vers. L'idée d'être séparé de l'être aimé est terible, mais quel bonheur et quelle magie que de le rejoindre chaque nuit, dans la chaleur des draps, grâce aux charmes de l'onirisme.
Après tout, la nuit, le ciel est le même pour tous, et "Nos songes nous rapprochent / Objets dans la même poche".



mercredi 27 octobre 2010

" Quand Souffle le Vent du Nord " de Daniel Glattauer

Titre :     " Quand Souffle le Vent du Nord "
Auteur :    Daniel Glattauer
Editeur :   Editions Grasset
                 350 pages


On connaissait le genre du « roman épistolaire », avec notamment les célèbres et captivantes « Liaisons Dangereuses » de Choderlos de Laclos (une référence pour moi, si je peux me permettre). Depuis « Quand Souffle le Vent du Nord » de l’allemand Daniel Glattauer, il faudrait également ajouter la catégorie « roman e-mailaire » au répertoire de la littérature. Laissez moi donc vous transmettre mon avis (très) enthousiaste sur cette romance on ne peut plus moderne !
Lassée du magazine « Like » dont elle est abonnée, Emmi Rothner décide d’en faire la résiliation par courriel. C’est alors qu’une erreur dactylographique vient discrètement s’introduire dans l’adresse de son destinataire : Emmi tape woerter@leike.com au lieu de woerter@like.com. « Woerter » comme le nom de sa ville et « Like » comme le titre de ce mensuel locale. Une erreur idiote, un simple « e » glissé devant un « i ». Une bourde qui va bouleverser sa vie.
C’est donc une toute autre personne qui recevra cet e-mail : Leo Leike, qui lui aussi vit à Woerter.
L’histoire aurait pu s’achever ainsi, par des « Vous avez la mauvaise adresse. Je suis un particulier. […] » et des « Oh pardon ! Et merci pour ces explications. Bien à vous, E.R. ». Cependant, de ces bévues bureautiques va s’ensuivre un dialogue, une correspondance intime, troublante et passionnée.

Mais reprenons par le début. Emmi Rothner est mariée et a deux enfants. Leo, lui, se remet à peine d’une grande rupture sentimentale. Elle crée des sites internet pour des entreprises, il est conseiller en communication et travaille à l’université sur le langage dans les courriels (et les mails comme vecteurs d’émotions, au passage). On serait en droit de se dire que ces deux là étaient faits pour se rencontrer !
Suite à ces maladresses informatiques et alors qu’ils commencent à nouer une correspondance de plus en plus fidèle (d’abord quelques premiers e-mails sur un ton humoristique et taquin, puis subrepticement dans le registre de la confession), ils décident qu’ils ne parleront pas de leur entourage, ni de détails personnels comme leur travail et leur famille. Ils n'évoqueront que leurs humeurs, leurs sentiments, leurs joies et leurs peines, et rien d’autre qui puisse révéler leur identité. Ils excluent également toute idée de rencontre. Le pacte est conclu : jamais ils ne se verront en personne.

«  Chère Emmi, avez-vous remarqué que nous ne savons absolument rien l’un de l’autre ? Nous créons des personnages virtuels, imaginaires, nous dessinons l’un de l’autre des portraits-robots illusoires. Nous posons des questions dont le charme est de ne pas obtenir de réponses. Oui, nous nous amusons à éveiller la curiosité de l’autre, et à l’attiser en refusant de la satisfaire. Nous essayons de lire entre les lignes, entre les mots, presque entre les lettres. Nous nous efforçons de nous faire de l’autre une idée juste. Et en même temps, nous sommes bien déterminés à ne rien révéler d’essentiel sur nous-mêmes. « Rien d’essentiels », c’est-à-dire ? Rien du tout, nous n’avons encore rien raconté de notre vie, rien de ce qui fait notre quotidien, rien de ce qui est important pour nous.
Nous communiquons au milieu d’un désert. […] Nous savons grâce à un mauvais magazine local que nous habitons dans la même ville. Mais à part cela ? Rien. Il n’y a personne autour de nous. Nous habitons nulle part. Nous sommes sans âge. Nous sommes sans visage. Nous ne faisons pas la différence entre le jour et la nuit. Nous vivons hors du temps. Nous sommes retranchés derrière nos écrans, et nous avons un passe-temps commun : nous nous intéressons à un parfait inconnu. Bravo ! » (Leo, chapitre 1, p.29)
 
Et pourtant, au fil des courriels et des péripéties de leurs vies réelles respectives, cette relation virtuelle va prendre toute la place dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Pour Leo, cette Emmi dont il aime les traits d’humour, l’emportement et la mauvaise foi, avec qui il partage des confidences, des moments tendres ou des rêveries plus charnelles, devient la femme dont il espère, qu’il attend, pour faire le deuil d’une histoire d’amour.

« Ecrire, c’est comme embrasser, mais sans les lèvres. Ecrire, c’est embrasser avec l’esprit. Emmi, Emmi, Emmi. » (Leo, chapitre 4, p.136)

Emmi, qui se dit mariée et heureuse, trouve en ce Leo une échappatoire, une pause dans sa vie familiale, un accès vers un monde extérieur, dans lequel elle aime s’attarder, de plus en plus, jusqu’à tomber amoureuse de son partenaire de mails.

« Souvent, il est le premier de la journée à entendre parler de moi. Souvent, il est le dernier à qui je parle avant d’aller me coucher. Et la nuit, quand je n’arrive pas à dormir, quand le vent du nord souffle […] j’écris un mail à cet homme. Et il me répond. Dans ma tête, ce type est un merveilleux remède contre le vent du nord. Ce que nous écrivons ? Oh, rien que des choses personnelles, des choses sur nous, ce que nous ferions tous les deux […] » (Emmi, chapitre 7, p. 256)

Au cours de leur liaison virtuelle, qui coure sur presque plus d’un an, des doutes vont bien évidement assaillir les deux protagonistes : en effet, comment poursuivre une telle histoire sans qu’il n’y ait eu le point de départ : la rencontre ! Que se dire après autant de temps, quand on ne partage rien d’autre que des courriels ? Faut-il finalement se rencontrer physiquement pour poursuivre l’aventure ?

« J’aimerais que nous continuions à nous écrire. Et j’aimerais vous rencontrer en personne. Nous avons déjà raté tous les moments propices. Nous avons rejeté les règles les plus simples des relations humaines. Nous sommes de vieux amis, nous nous apportons un soutien quotidien, nous sommes même parfois un couple. Et malgré tout cela, il nous manque le début, la rencontre. Je ne sais pas encore comment la mener à bien sans rien perdre de ce qui nous lie. Et vous ? » (Leo, chapitre 5, p.159)


« Deux jours plus tard
Pas d’objet
C’est triste Emmi, nous n’avons plus rien à nous dire.

Dix minutes plus tard
RE :
Peut-être n’avons-nous jamais rien eu à nous dire.

Huit minutes plus tard
RÉP :
Mais nous avons beaucoup parlé. » (Chapitre 7, p. 234)
 
Bien entendu, la question qui fait office de fil rouge dans le récit et pour laquelle les deux personnages, tout comme le lecteur, brûlent d’impatience de connaître la réponse : vont-ils se rencontrer pour de vrai ? Faut-il ou ne faut-il pas qu’ils brisent leur pacte pour enfin mettre un visage sur leur correspondant ? Si l’un et l’autre sont tombés amoureux des mots de leur partenaire de mails, cette séduction tiendra-t-elle le coup face à une rencontre physique ? Et s’ils étaient déçus ? Si l’être imaginaire qu’ils avaient bâti sur ses écrits ne correspondait pas à la réalité ?

« Nous sommes chacun la voix de l’imagination de l’autre. N’est-ce pas assez beau et précieux pour en rester là ? » (Leo, chaître 3, p. 122)
 
Ce que j’ai particulièrement apprécié dans la lecture de « Quand Souffle le Vent du Nord », c’est que ce roman parvient à mettre en reliefs toute les subtilités et les complexités nouvelles que nous vivons à travers les nouvelles technologies. Toutes les libertés que nous prenons lorsque nous sommes derrière nos écrans. Savoir que nous sommes prêts à nous dévoiler, même de façon anonyme, devant de lointains et parfaits inconnus alors que nous aurions des difficultés à nous livrer auprès de nos proches, je trouve cela intriguant et source de nombreuses questions. Il n’y a qu’à voir la masse indéterminable de blogs ou de réseaux sociaux qui grouillent sur le net, où certains s’épanchent, se confient, partagent leur quotidien et jusqu’à des choses très personnelles à une communauté d'étrangers. L’ordinateur est-il cet écran derrière lequel nous pouvons nous mettre à nu ?

« Cher Leo, je vous en prie, mettez-vous à ma place. Je vous avoue qu’il y a longtemps que je n’avais pas échangé avec quelqu’un des émotions aussi violentes. Je suis d’ailleurs étonnée que cela soit possible de cette façon. Dans mes mails, je peux être comme jamais la véritable Emmi. Dans la « vraie vie », si on veut réussir, si on veut tenir le coup, il faut sans cesse faire des compromis avec sa propre émotivité ! LÀ, je ne dois pas dramatiser ! ÇA je dois l’accepter ! ÇA, je dois le laisser passer ! Nous adaptons en permanence nos sentiments à notre entourage, nous ménageons ceux que nous aimons, nous nous glissons dans les cent petit rôles du quotidien, nous nous tenons en équilibre, nous pesons le pour et le contre pour ne pas mettre en danger la structure à laquelle nous appartenons.
Avec vous, cher Leo, je n’ai pas peur de laisser libre cours à ma spontanéité profonde. Je ne réfléchis pas à ce que je peux ou ne peux pas vous imposer. J’écris allègrement ce qui me vient à l’esprit. Et cela me fait un bien fou !!! C’est grâce à vous, cher Leo, et c’est pourquoi vous m’êtes devenu indispensable : vous m’acceptez comme je suis. » (Emmi, chapitre 4, p.153)
 
Quand au style développé au cours de ce roman, c’est très étrange la sensation qui en ressort. J’ai presque envie de faire un parallèle avec une pièce de théâtre où il n’y aura pas de décor, plateau vide, aucun acteur non plus sur scène, mais leurs voix qui se répondent depuis chacune des coulisses. Une sorte de dialogue sans fin, sans discontinuité, distordu dans le temps et l’espace. Très troublant, il n’y a aucune notion de temps ni de lieu. À l’exception de « Trois jours plus tard », « Deux heures et demi plus tard », « Une minute plus tard », rien ne nous indique, à moins que les protagonistes ne l’indiquent, si nous sommes le jour ou la nuit, sur l’ordinateur familiale ou au bureau, un jour de pluie ou de soleil. Nous ne savons pas à quoi ressemblent les personnages, ni dans quelle humeur ils se trouvent au moment d’écrire, s’ils affabulent ou se confient en toute sincérité… Tout se passe au travers de l’écriture. Aux lecteurs d’y détecter ce qu’y se cache entre les lignes. Quand je dis « lecteurs », il s’agit de nous bien entendu, mais aussi d’Emmi et de Leo qui, finalement, se retrouvent dans la même posture que nous, ce qui fait l'intérêt du livre : ils ne savent rien l’un de l’autre, ils ne connaissent pas les intentions de leur correspondant et sont bien contraints, comme nous, d’imaginer l’autre, d’essayer de dévoiler les non-dits de ces phrases. Je vous avoue que des fois on a envie de répondre à leur place !

Ce fût vraiment une lecture très agréable, loin des clichés romantiques, avec beaucoup de modernité. J’ai eu le sentiment de m’immiscer dans les ports USB, les câbles éthernet de deux ordinateurs amoureux. J’avais parfois envie d’interpeller Leo ou bien Emmi : « non surtout n’écrit pas cela tu vas trop te dévoiler ! », « moi si j’avais voulu transmettre cette émotion, je l’aurais formulé ainsi … » etc.
Et ce roman contient pas mal de rebondissements, de suspens, d’actions inattendues. Et jusqu’aux dernières pages, le mystère subsiste : vont-ils se rencontrer ?
 
 
Vous connaissez le film « Vous avez un message (You’ve Got Mail) » avec Meg Ryan et Tom Hanks ? Vous savez, cette libraire new-yorkaise, qui, à la suite d’un détour par un forum de rencontres, tient une correspondance internet assidue avec ce qu’elle pense être l’homme idéal, avant de découvrir que celui-ci se trouve être le PDG d’une chaîne de bookstores, cette même chaîne qui vient d’implanter une succursale devant sa librairie et l’oblige, à coup de prix cassés et de consommation de masse, à fermer « The Shop Around the Corner ». Figurez-vous que j’étais en train de visionner ce classique de la comédie romantique américaine lorsque j’ai lu ce livre. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y faire un rapprochement.

Et puis, parce que nous avons tous eu au moins une fois dans notre vie le cœur qui palpite à la vision d’un e-mail attendu avec fébrilité, parce que nous nous sommes sûrement confiés un jour par la biais de ces courriels ou parce que peut-être les mails sont devenus un lien familial, amical ou social aussi fort qu’une parole, alors il faut que vous dévoriez les pages... pardon, les "e-mails" de « Quand Souffle le Vent du Nord ».
 

Note :






dimanche 5 septembre 2010

" Le Diable vit à Notting Hill " de Rachel Johnson

Titre :     Le Diable vit à Notting Hill (titre original " Notting Hell ")
Auteur :    Rachel Johnson
Editeur :   Editions de Fallois
                 295 pages

 
Tout le monde, ou presque, a entendu parler du célèbre et non moins huppé quartier londonien de Notting Hill, notamment grâce au film "Coup de Foudre à Notting Hill " qui narrait la romance entre Hugh Grant et Julia Roberts.

Ce roman anglais, qui court sur deux années, se fait alterner les récits de deux amies, Clare Sturgis et Imogen Fleming dite Mimi, qui toutes deux habitent un petit coin de paradis, dans ce qui se fait de plus chic à Notting Hill : un ensemble de résidences cossues réunies autour d'un square privé.

Clare est mariée à Gideon, un architecte très en vogue car sur le créneau des habitats écologiques de luxe (une façon pour les plus fortunés de se déculpabiliser...). Quand elle ne s'adonne pas à ses cours de Pilate ou à ses après-midis de feng-shui avec Donna sa béquille spirituelle, Clare est paysagiste (et réalise d'adorables jardinières pour ralentir le flux de votre sha-chi...). On se rend vite compte que ses clients sont en fait ses voisins de square et que ce travail de décoratrice de jardins tient plus du passe-temps que d'un réel gagne-pain.
Clare, qui est un peu l'adaptation londonienne d'une Bree Van de Kamp dans Desperate Housewives, a beau maîtriser tout son univers, de l'agencement de son intérieur à son emploi du temps de ministre, elle n'a toujours pas eu le bonheur d'être mère et cela occupe toute ses pensées.

Mimi, elle, est chroniqueuse dans un magazine anglais à grand tirage, où elle tient différentes rubriques, notamment sa plus célèbre où elle demande à des personnalités de décrire leurs futures obsèques ... Malheureusement, à la différence des autres femmes et épouses du square, ce boulot est financièrement important pour sa famille. Ralph, son mari, est l'héritier familiale de sa demeure de Notting Hill mais, malgré son travail dans l'industrie pétrolière, il a du mal à faire face au train de vie et à la montée en flèche des prix dans ce quartier couru par des banquiers américains, des avocats ultra-médiatisés sans oublier des réalisateurs et autres vedettes du cinéma.
Mimi, mère de trois enfants, témoigne d'une admiration sans bornes pour les autres mamans du square (elle les appelle les MNH = Mothers Notting Hill) qui arrivent à gérer les activités extra-scolaires (séances de cricket, cours de piano, de grec ancien etc.)  de leurs (minimum) 4 enfants qui possèdent tous des noms de fleurs ou de fruits, la gestion des menus macrobiotiques sans gluten de toutes ces bouches à nourrir, leurs séances de yoga, de shopping et d'instituts de beauté, et qui arrivent même à créer des lignes de vêtements en cachemire pour occuper leurs après-midis de désoeuvrement. Mimi, elle, arrive à peine à contrôler ses ados, tenir sa maison en ordre et trouver le temps de se peigner avant d'aller faire ses courses alimentaires aux côtés des actrices et top-models qui habitent Notting Hill. Il faut dire qu'elle n'a pas le budget pour se payer une armada de bonnes philippines pour récurer un hectare de cuisine en inox dernier cri ...

Si l'univers de ce huis-clos est frais, sympathique et insouciant (quoiqu'un peu snob à mon goût : aucune description ne se fait sans une liste exhaustive des stylistes à la mode et des restaurants les plus hype), l'intrigue reste un peu creuse ... : en pleine nuit, Clare qui souffre d'insomnie, entrevoit par la fenêtre Virginie Lacoste, sa voisine d'en face, s'enfuir discrètement et en légère nuisette du jardin des Avery. Que fait-elle à cette heure tardive et en telle tenue ? Y-a-t'il des infidélités dans l'air ? Bob Avery trompe-t-il sa femme avec la ravissante frenchie ? Selim Kasparian, millionnaire de son état, emménage dans une maison du square, ce qui crée une émulation au sein de la petite communauté, surtout auprès de Mimi qui est attirée physiquement par ce nouveau mâle (et par son argent aussi faut dire ...). Les Avery, la dernière famille arrivée dans le square, entreprend des travaux gigantesques, un garage soit-disant, qui s'avère être en réalité une extension luxueuse de leur maison, venant gâcher l'harmonie esthétique du square, ce qui déclenche une guerre au sein de la co-propriété du square et nourrit l'hystérie de Clare l'enquêtrice.


Entre fêtes organisées sur la pelouse verte, vie quotidienne dorée des beautiful people et compétitions entre les fameuses MNH, ce roman distrait par ses petites intrigues amoureuses et immobilières.
La lecture de ce roman n'est pas désagréable, elle est même divertisssante et prête à sourire, idéale pour lire en vacances par exemple. Mais il ne faut pas s'attendre à se bidonner de rire ou vivre beaucoup de suspens. " Le Diable vit à Notting Hill " se lit comme on regarderait un téléfilm un dimanche soir d'ennui ou comme un témoignage humoristique, une lucarne sur un mode de vie très privilégié.

Note :







dimanche 29 août 2010

" Le Chevalier D'Eon, une vie sans queue ni tête " d'Evelyne et Maurice Lever

Titre :     " Le Chevalier D'Eon, une vie sans queue ni tête "
Auteur :    Evelyne et Maurice Lever
Editeur :   Editions Fayard
                 360 pages

Bien qu'il s'agisse plutôt d'un essai historique, on peut tout à fait classer "Le Chevalier D'Eon, une vie sans queue ni tête" parmi les romans, tant l'existence de cet être mystérieux a été, pour le coup, romanesque. Avant de lire cet ouvrage, le Chevalier d'Eon était pour moi une bizzarerie de l'histoire, un sujet d'amusement, mi-homme mi-femme, que Mylène Farmer évoque dans sa chanson "Sans Contrefaçon". Un personnage un peu risible, bien que pratique dans les cases des grilles de mots fléchés. J'étais bien loin de me douter qu'en réalité, Charles d'Eon de Beaumont aura été un élément clef dans les conflits qui firent trembler l'Europe du 18ème siècle.

Ce qui fait et a toujours fait l'attrait majeur de ce personnage haut en couleurs est l'énigme de son sexe : homme, femme... hermaphrodite ? C'est le mystère de son appartenance sexuelle qui est le fil rouge de ce livre, autour duquel se brodent ses déboires militaires et diplomatiques. Et l'ambiguïté identitaire de D'Eon démarre dès les premières pages : à sa naissance, les médecins sont incapables anatomiquement parlant de déterminer s'il s'agit d'un garçon ou bien d'une fille ! Ses parties génitales étant recouvertes d'une membrane foetale, il fût impossible pendant ses premiers jours de vie de déclarer le sexe du dernier de la famille. 
Les d'Eon comptaient parmi la noblesse de la Bourgogne et c'est peut-être à cause de l'absence d'héritier mâle qu'ils font baptiser en octobre 1728 le nourrisson : Charles Louis d'Eon de Beaumont.

La jeunesse de Charles d'Eon de Beaumont fut très studieuse et à la limite de l'ascétisme. Il part à Paris pour y étudier le droit civil et le droit canon. Comme son père, il veut devenir avocat, travailler dans l'administration et servir dans les ministères du Roi, tout en gérant ses terres de Tonnerre. Parti de Bourgogne en garçon pusillanime, frêle et fragile,  on le retrouve à 21 ans transformé : des années d'entraînement physique rude ont fait de lui un vaillant soldat, une fine lame qui plus est, doué pour l'escrime et l'équitation. Ses nuits sont consacrées à la lecture d'oeuvres compliquées et il étudie avec ardeur. Il publie même un ouvrage historique et politique sur la situation financière de la France dans les siècles passés. Tout ce zèle et ce talent le font vite remarquer et d'Eon se lie d'amitié avec le Prince de Conti, cousin du Roi Louis XV.

A cette époque précise, autour de 1750, les différentes monarchies d'Europe se déchirent. En parallèle de sa politique officielle, le Roi Louis XV désire secrètement s'allier avec l'Autriche et la Russie pour lutter contre l'Angleterre, l'ennemie de toujours, qui vient de signer un traité d'alliance avec le Roi de Prusse. Il pourrait ainsi gratifier son cousin, le Prince de Conti, du trône de Pologne dont la gouvernance est branlante. Ce plan confidentiel sera appelé le "Secret du Roi". Le Prince de Conti sollicite alors le jeune D'Eon qui vivra durant quatre années à la cour de Saint Pétersbourg, en tant que secrétaire d'ambassade, afin d'entretenir la Tsarine Elisabeth de la volonté de Louis XV de s'allier à l'empire Russe. Il sera le messager personnel du courrier du Roi auprès de la Tsarine et donc un rouage essentiel dans les tractations secrètes de Louis XV. 
D'Eon est apprécié de la cour russe. Il faut dire que le bel éphèbe a de la conversation, il est érudit et a le verbe aiguisé. Mais point d'aventure sentimentale... Dès cette première mission, D'Eon suscitera les rumeurs puisque l'on apprend qu'il se serait déguisé en femme et se serait nommé "Lia de Beaumont" afin de devenir la lectrice de la Tsarine. Il faut dire qu'à cette époque, Elisabeth II organisait des bals où hommes et femmes devaient revêtir les habits du sexe opposé... 

En 1760, D'Eon revient à Versailles porter au Roi le texte d'alliance tant attendu. Pour le remercier, Louis XV le nomme Capitaine de Dragons et l'enverra se battre dans les dernières campagnes de la guerre de Sept Ans. Charles d'Eon de Beaumont est dans son élément : les batailles et les armes le rendent heureux et lui permettent de faire ses preuves en tant qu'homme.

Malheureusement la guerre de Sept Ans est un échec pour la France. En 1762, le Roi Louis XV envoie D'Eon à Londres pour signer le traité de paix avec l'Angleterre. Bien que la France y perd l'ensemble de son empire colonial, le jeune et habile diplomate parvient à sauver un peu de l'honneur français dans cette défaite. Il est alors gratifié par le Roi d'une distinction honorifique de grande valeur : l'Ordre royal et militaire de la Croix de Saint Louis.

Le chevalier D'Eon
Le séjour du Chevalier D'Eon Outre-manche prend par la suite une nouvelle direction. Officiellement nommé secrétaire du Duc de Nivernais, ambassadeur à Londres, Louis XV veut en faire un agent secret et le charge d'un plan de débarquement en Grande-Bretagne, ce qu'il réalise avec toujours le même zèle. Le Duc de Nivernais quitte ses fonctions et D'Eon se retrouve alors promu ministre plénipotentiaire pendant l'interim entre l'ancien et le nouvel ambassadeur. C'est à ce moment là que les choses se gâtent pour le Chevalier D'Eon. A l'arrivée du Comte de Guerchy, D'Eon n'apprécie guère de redevenir le gratte-papier d'un supérieur, d'autant plus que ce nouvel ambassadeur est un incompétent. Un conflit violent et long s'instaure entre les deux hommes et va animer le tout Londres de l'époque. Le Chevalier tombe dans une spirale de folie que nourrit son orgueil. Les libelles et les provocations physiques prennent une telle ampleur que Louis XV demande l'extradition de D'Eon. Par chance, cette procédure est interdite en Angleterre (le célèbre texte de lois Habeas Corpus vient d'être rédigé, nous sommes au siècle des Lumières !). Le Chevalier est destitué de ses fonctions et se voit couper les vivres. Il n'a plus les moyens de rester à Londres mais ne peut envisager son retour en France où il court le risque d'être emprisonné.  Alors il menace de divulguer sa correspondance cachée avec Louis XV au sujet du Secret et des plans d'invasion de la Grand-Bretagne. Quand le Roi Louis XV meurt et est succédé par Louis XVI, sa situation ne s'améliore guère. Pourtant de nombreux médiateurs, dont le célèbre écrivain et dramaturge Beaumarchais, sont envoyés auprès du Chevalier pour calmer sa colère et récupérer ses papiers compromettants. Rien n'y fait, le Chevalier continue de se saborder.

Parallèlement à ce déclin, le mystère de son sexe se renforce. Toute la carrière de D'Eon a été ponctuée de rumeurs sur son ambivalence, d'anecdotes narrant de possibles travestissements du Chevalier dans divers buts, dont l'espionnage. Son comportement est loin d'être efféminé et les années passant, il se comporte de plus en plus tel un vieux soudard, mais sa physionomie et aussi son absence de conquêtes amoureuses alimentent le mythe. Les bruits se font plus forts et le clan des alliés du Comte de Guerchy publient des pamphlets traitant le Chevalier d'hermaphrodite. Le tout Londres se prend d'excitation pour ce dernier rebondissement et des paris sont menés par les bookmakers au sujet du sexe de D'Eon. L'agitation est à son paroxisme lorsque le Chevalier D'Eon révèle qu'il est en réalité une femme ! Une fille qui a été élevée comme un garçon par ses parents. La révélation crée un choc : le Capitaine des Dragons est en fait une Dragonne ! On pourrait penser que D'Eon, sentant le vent tourner pour lui, a saisi l'opportunité pour passer pour une femme et revenir en France toute auréolée de sa gloire d'héroïne. Il espérait peut-être éviter la prison et être considérée avec admiration comme une Amazone s'étant élevée à la hauteur des hommes ! Cependant, des témoins de l'époque attestent au Roi Louis XVI avoir eu des preuves "palpables" de sa féminité. D'Eon doit fuir Londres, d'autant plus qu'il/elle est menacé(e) d'être enlevé(e) : les parieurs veulent connaître à tout prix son sexe !

Mademoiselle D'Eon de Beaumont
Le Chevalier/Chevalière rentre donc finalement au pays natal en 1777, endetté et privé de sa gloire de Dragon et de diplomate. Les parieurs voulant toucher leurs gains, les tribunaux anglais et français statuent sur l'identité du Chevalier D'Eon. Même en l'absence du principal intéressé, le verdict est sans appel : D'Eon est une femme. Le revirement est spontané et définitif. Le Roi Louis XVI lui ordonne alors de quitter son uniforme de Dragon et de revêtir l'habit féminin. Melle Bertin, couturière de Marie-Antoinette et "Ministre de la Mode", va confectionner à la Chevalière son trousseau.  Pendant une courte période, on voit Mademoiselle D'Eon de Beaumont (la "Pucelle de Tonnerre", référence à Jeanne D'Arc) dans les différents salons parisiens et même à la cour de Marie-Antoinette. D'Eon est grotesque dans ses robes à crinolines, sa démarche est maladroite, ses manières bien trop viriles et malgré des cols qui remontent haut sur la gorge, on lui voit la barbe ! Pourtant tout le monde est convaincu de son appartenance au sexe faible. Mademoiselle la Chevalière s'adapte difficilement à la vie mondaine et oisive des femmes de l'époque, regrettant la simplicité et la liberté du Dragon qu'elle a été.

Lassée, la Chevalière finit par rentrer dans ses terres de Tonnerre jusqu'à la mort de sa mère. Elle retourne alors en Angleterre où elle vivra dans une demi-misère, recueillie par une dame britannique et veuve, Mrs Cole. D'Eon subsiste avec les sous qu'elle gagne lors de démonstrations d'escrime où elle combat, avec agilité et pugnacité, en habit de femme jusqu'à l'âge de 68 ans ! Lors d'un duel, elle est blessée et doit par la suite rester alitée. C'est alors qu'elle se met à écrire son autobiographie, employant et mélangeant le masculin et le féminin pour parler d'elle. Elle espére le vendre à des éditeurs. En France, la Révolution gronde et D'Eon l'observe depuis son lit, paralysée par une attaque vasculaire. La Chevalière D'Eon meurt en 1810 à l'âge de 82 ans.

Le livre se termine sur un dernier évènement : la toilette mortuaire de la défunte. En effet, à part ce dernier témoignage post-mortem, aucune autre déclaration sur le sexe de D'Eon ne peut être considérée véritablement comme fiable. C'est donc le chirurgien qui ausculte le corps décédé de D'Eon qui nous révèle l'appartenance sexuelle du Chevalier/Chevalière. D'Eon a vécu 49 ans en tant qu'homme et 33 ans en tant que femme. Durant toute son existence il aura su tromper son monde sur son genre. Mais dans la mort son secret fût dévoilé. Mais pour connaître le véritable sexe de ce héros... ou héroïne, il faut lire cet ouvrage captivant jusqu'à la fin !

Mon commentaire :

Evelyn et Maurice Lever, historiens de renom, ne sont pas moins de très bons auteurs. On sent un énorme travail de recherches derrière cet ouvrage et chaque affirmation est étayée par d'importantes références bibliographiques. Pour autant, la lecture du "Chevalier D'Eon" n'est pas du tout pesante. Les auteurs savent capter l'attention du lecteur et se permettent beaucoup d'ironie et d'humour au sujet de leur héros.

Cependant, il s'agit d'un livre dense, long à lire, qui nécessite un peu de concentration, ne serait-ce que pour retenir les dates, les titres de noblesse des différents intervenants et se remémorer le contexte historique. Certains passages m'ont semblé un peu s'éterniser, notamment lorsque le Chevalier négocie son retour en France. Par prévention, il faut savoir qu'il ne s'agit pas d'un livre "facile" mais qu'en revanche, il vous donnera beaucoup à apprendre.

Bien qu'il est fort probable que comme moi vous vous perdrez parmi toutes les dates et évènements historiques cités dans cet ouvrage, l'atout majeur de ce livre est de nous raconter l'histoire de France au travers de l'existence d'un de ses personnages (la petite histoire dans la grande Histoire). Le règne de Louis XV puis de Louis XVI, les alliances entre monarchies européennes, les philosophes des Lumières, la Révolution Française ... sont survolés au cours de la narration et vous inciteront sûrement à replonger le nez dans vos bouquins d'Histoire.

Le traitement du sujet fait que l'on s'attache au Chevalier D'Eon, tant il nous paraît extraordinaire, improbable pour l'époque, avec une force de caractère impressionante. Les auteurs amorcent un brin d'analyse psychologique sur la personnalité troublée du Chevalier mais elle est vite avortée. De mon goût, il aurait peut-être fallu développer l'étude psychique du personnage mais il est fort probable que les auteurs l'ont évité par peur de romancer son existence.

 De nos jours, le féminisme et l'égalité entre les hommes et les femmes est encore un combat à mener. Les barrières entre les modèles masculins et féminins sont de plus en plus flous mais restent pourtant le sujet de réactions vives et violentes. Découvrir la vie rocambolesque du Chevalier D'Eon, c'est également s'interroger sur le débat de l'identité sexuelle.


Note :